En annonçant cette destination, souvent les gens me demandaient « Kirgi… quoi? C’est où ce pays?« . Le Kirghizistan est encore méconnu du grand public, et tant mieux! Même pour l’orthographier correctement il faut bien se concentrer! Et pourtant, ce pays d’Asie Centrale a beaucoup à offrir et, en particulier, la découverte de la vie semi-nomade dans des magnifiques paysages de montagnes et lacs alpins. Le pays est constitué à 90% de montagnes dont la moitié dépassent 3.000m d’altitude. Durant les mois d’été, les éleveurs, installés dans leurs yourtes, accompagnent les troupeaux de chevaux, vaches et moutons dans les pâturages de montagne. La population y est accueillante. Le cheval fait partie intégrante de la vie kirghize et il est régulièrement employé comme moyen de transport; les enfants apprennent à monter très jeunes. Une randonnée équestre pour découvrir ce mode de vie reste un incontournable; il n’y a pas besoin de savoir monter à cheval pour l’envisager car vous êtes encadrés par des autochtones. Evidemment, les cavaliers aguerris se feront un plaisir de galoper dans les steppes montagneuses.
Le pays a regagné son indépendance par rapport à l’empire soviétique en 1991, mais reste économiquement « coincé » entre les deux géants russes et chinois.
Pour ce voyage de deux semaines début septembre 2019, j’étais accompagnée de mon mari et de mes enfants alors âgés de 13 et 14 ans. Nous avions loué un 4*4 pour les déplacements. Une guide francophone nous a accompagnés une partie de ce voyage; cela nous a permis d’échanger beaucoup et de mieux comprendre la culture kirghize.
Bichkek
Après une courte nuit dans l’avion, nous arrivons à Bichkek la capitale. Nous sommes le 31 août, jour de la fête nationale; il y a beaucoup de monde au parc, les hommes portant le chapeau traditionnel kirghize. La ville est assez petite pour une capitale, et il est assez agréable de s’y promener. Les statues de Lénine et celle de Marx discutant avec Engels sont toujours debout. Petit tour à l’église orthodoxe russe et au marché où on retrouve les fameux pains ronds typiques de cette région du monde, avant de se désaltérer avec une bière locale, qui est ici servie avec une paille pour les dames. La soirée se termine avec un traditionnel feu d’artifice sur la place centrale.
Notre seul regret est de ne pas avoir pu assister à un match de oulak-tartych comme l’hippodrome était en travaux. Il s’agit du sport national: les cavaliers de deux équipes s’affrontent pour mettre une carcasse de chèvre décapitée dans le but adversaire. Les contacts peuvent être assez violents pour les joueurs.
Démonstration en vidéo de Oulak-tartych
Burana
Nous prenons en main notre voiture de location et retrouvons notre guide avec qui le courant passe immédiatement. A 70km de Bichkek, se situe le site de Burana où se trouvait une ancienne ville prospère disparue au XVes. Le minaret construit au XIes mesurait 45m de haut; suite à un tremblement de terre il n’en reste que 25m debout. Plusieurs statues funéraires türk, appelées tach balbaldar, datant du VIes au Xes sont exposées au pied du minaret.
Nous reprenons la route vers le Sud pour rejoindre Kyzart situé à 2.300m d’altitude. De jolis paysages s’offrent à nous, de quoi nous mettre l’eau à la bouche pour la suite de ce voyage. Au loin, nous apercevons une yourte et un ancien wagon aménagé, logements typiques dans les campagnes.
Lac Song Kul
L’un des grands classiques au Kirghzistan est de faire une randonnée équestre de trois jours vers le lac Song Kul.
J1: de Kyzart à Kilemche Jailoo
Nos montures arrivent au matin avec leur propriétaire qui nous accompagnera tout au long de la randonnée. Le temps de finir nos sacs avec juste le nécessaire pour trois jours, nous montons sur nos chevaux, certains avec plus de grâce que d’autres. Seule ma fille est cavalière; les trois autres appréhendent un peu ce nouvel exercice et le mal aux fesses qui est promis aux débutants. Les chevaux sont dociles et ont l’habitude de ce type de trajet.
Nous passons le col de Jalgyz Karagay à 3.400m pour rejoindre, après 4h de cheval, les pâturages de Kilemche Jailoo où se trouve notre yourte pour cette première nuit. La famille qui y vit nous fait découvrir son mode de vie: la cuisine, son frigo creusé dans la terre, sa « salle de bains » avec vue, … L’architecture des yourtes est magnifique! Le feutre blanc à l’extérieur, et coloré à l’intérieur. On y retrouve le symbole du drapeau avec le tündük, pièce sommitale de la charpente de la yourte kirghize traditionnelle.
J2: de Kilemche Jailoo au lac Song Kul
Après une nuit bien au chaud sous quelques grosses couvertures, le réveil se fait en douceur sous un beau soleil. L’estomac bien calé après un bon petit déjeuner, c’est le moment de reprendre nos montures. Autour de nous des troupeaux entiers sont amenés dans des lieux de pâturages.
Nous passons le col de Tuz-Ashuu à 3.200m; de là-haut, vue incroyable et 4G disponible! Après 3h de cheval, nous atteignons notre camp basé au bord du lac Song Kul situé à 3.000m. De nombreux animaux sont là. La vue sur le lac est imprenable! Les hommes du camp s’adonnent à des jeux typiques du pays comme le lancement d’osselet et le tir à la corde. Ma fille se fait plaisir en galopant avec notre compagnon de route: ils partent chercher du koumis, boisson nationale à base de lait de jument fermenté (je n’ai pas trop insisté pour goûter).
J3: retour à Kyzart
Nous quittons les rives du lac pour rejoindre notre point de départ de cette randonnée, le gros village de Kyzart. Nous nous régalons de ces paysages.
Kol Ukok
Comme nous ne sommes pas dégoûtés de notre première expérience à cheval (les fesses ne vont pas trop mal, juste une démarche de « cowboy » pendant quelques minutes à la descente), nous décidons de remettre cela et nous rendre au lac Kol Ukok sur deux jours. Ce trek est également accessible aux randonneurs, avec quelques rivières à traverser déchaussés.
Les paysages sont assez différents du trek précédent: sommets enneigés, plus de verdure, une rivière tout le long, … Après trois heures sur le dos de nos nouvelles montures, nous rejoignons le camp de yourtes où nous passerons la nuit. L’après-midi, évitant l’orage de peu, nous partons vers le lac Kol Ukok situé à 3.000m d’altitude. Le lendemain nous quittons notre famille hôte très sympathique pour rejoindre la plaine.
Kotchor
Il est temps pour nous de dire au revoir à notre guide: ce fut vraiment agréable d’échanger avec elle sur son pays et ses coutumes.
Nous sommes dans la ville de Kotchor et c’est le jour de marché. De nombreux animaux y sont à vendre. Les hommes palpent le derrière des moutons pour en évaluer le gras. Des chevaux sont un peu tendus. Il y a également possibilité d’acheter des vêtements dont la tunique des collégiennes avec leur tablier blanc sur une robe noire; je ne suis pas certaine que nos adolescentes les envient.
Le Lac Issyk Kul (rive Nord)
Nous reprenons la route en longeant la rive Nord du lac Issy Kul pour rejoindre la ville de Karakol à l’Est du pays. La ville de Cholpon-Ata a un petit air de Saint-Tropez: c’est ici que les Kirghizes viennent en villégiature pour profiter de la longue plage de sable. Il y a de nombreux complexes touristiques datant de l’ère communiste, mais également de riches demeures avec vue sur le lac. C’est dans cette région que venaient se reposer les cosmonautes russes au retour de leur mission.
Karakol
Karakol et sa région offrent de nombreuses possibilités d’excursions et de treks pour les randonneurs aguerris avec ses sommets à plus de 5.000m. Plusieurs jours sont nécessaires pour les découvrir. Jusqu’en 1991, la région était fermée aux occidentaux pour cause de zone militaire. Maintenant les touristes sont accueillis à bras ouverts.
La ville de Karakol
La ville de Karakol se situe à l’extrême Est du pays, un peu en retrait du lac Issyk Kul. Elle fut construite en 1869 comme avant-poste de l’armée tsariste, avec comme architecture des maisons basses aux fenêtres entourées de bleu, afin que les colons se sentent comme en Russie. Différentes communautés – Kirghiz, Ouïgours, Kazakhs, Tatars, Ouzbeks, Russes, Ukrainiens, Chinois – y vivent en paix, mais sans trop se « mélanger » non plus.
L’église orthodoxe est construite tout en bois. La mosquée chinoise (1907) est également bâtie en bois, mais sans un clou! Le marché est en partie constitué d’anciens containers.
Le marché aux bestiaux
Karakol est réputé dans toute la région pour son marché aux bestiaux qui est l’un des plus grands du pays. Les gens viennent y vendre moutons, vaches et chevaux. Le travail du maréchal ferrant est impressionnant à voir.
La vallée Ak-Sou
A 17km de Karakol se trouve la vallée Ak-Sou. La route étant mauvaise même avec un 4*4, nous préférons laisser le véhicule et nous promener. Au fond de la vallée, se trouve un ancien sanatorium datant de l’époque soviétique avec des sources chaudes à 57°; nous n’aurons pas le temps d’aller jusque-là, ce sera pour une prochaine fois.
Tentative de rejoindre Enilchek
Nous tentons de rejoindre Enilchek et son glacier, proche de la frontière chinoise, ancienne ville minière qui est passée de 5.000 habitants dans les années 90 à 20 familles actuellement. Malheureusement, la route est en travaux et nous devrons rebrousser chemin. Mais pas de regrets car la route était vraiment belle avec la rencontre de notre premier troupeau de yaks.
Jetti Oghuz
Changement de plan: nous partons pour Jetti Oghuz réputé pour ses roches rouges ainsi que son centre thermal qui n’a pas dû beaucoup évoluer depuis l’époque soviétique. Une petite promenade nous récompense de très belles vues. En rentrant, nous sommes invités par une famille à partager un repas de fête au son de chants populaires.
Le lac Issyk Kul (rive Sud)
Le lac Issyk Kul est le deuxième plus grand lac alpin au monde (après le lac Titicaca au Pérou/Bolivie). Sa taille est de 180km sur 70km et il est situé à 1.600m d’altitude. La rive Sud est plus « sauvage » que celle du Nord.
Bokonbaevo
Nous reprenons la route vers l’Ouest avec un petit détour par l’intérieur du pays jusqu’à une source chaude. Comme il a bien plu les dernières heures, la rivière charrie des minerais et est de couleur ocre.
Nous atteignons la petite ville de Bokonbaevo qui a l’avantage d’offrir des hébergements proches du lac.
De notre camp de yourtes au bord du lac, la vue est imprenable avec de l’autre côté les sommets enneigés à plus de 4.500m!
La chasse à l’aigle
Au matin, nous avons réservé une démonstration de chasse à l’aigle typique de la région. L’aigle vit 40 ans et reste attaché à son maître tout au long de sa vie. Cette tradition commence à se perdre avec les jeunes générations qui quittent les campagnes pour les villes. Le petit lapin n’a aucune chance face à ces griffes!
Canyon Skazka
Skazka signifie « conte de fée » en russe, et on comprend pourquoi tellement ce site semble sorti de nulle part. Le canyon est coincé entre lac et haute-montagne: le contraste de formes et de couleurs y est impressionnant.
Nous repartons à l’assaut de la montagne. Après une petite promenade, la vue est à « couper le souffle ».
Retour à Bichkek
Le voyage touche à sa fin. Il est temps de rentrer vers Bichkek. La route longe tout un temps la frontière avec le Kazakhstan, marquée par les barrières de barbelés et postes avec mirador. Après un dernier tour au marché central de la capitale pour l’achat de quelques babioles et une toute petite nuit, nous rejoignons l’aéroport.
La conclusion de ce voyage est qu’il nous faudra revenir découvrir l’Ouest du pays avec la route de Pamir et le Pic Lenine à plus de 7.000m!















































































































































































































































































































