L’Ethiopie est un pays à la fois attirant et compliqué. Sa diversité géologique est immense, des Hauts-Plateaux au désert de Danakil, en passant par les plaines du Sud, ce pays a mille couleurs et paysages à offrir. L’ancien royaume d’Abyssinie possède des sites archéologiques majeurs; Lucy, l’ancêtre de l’homme, y a été découverte. C’est le seul pays d’Afrique qui ne fut jamais colonisé; Mussolini l’a envahi en 1935 et en fut chassé en 1941 par les alliés. L’Ethiopie, c’est aussi un peuple qui a vécu un conflit interminable avec son voisin l’Érythrée. Cette situation, associée à la sécheresse, provoqua une famine épouvantable en 1985.
L’Ethiopie a une culture propre: son alphabet amharique, son Eglise orthodoxe, son calendrier (7 ans de décalage par rapport au géorgien), son horloge, …
En avril 2015, nous sommes partis deux semaines sur la route historique du Nord; c’était également la période de la Pâques orthodoxe, nous permettant d’assister aux célébrations religieuses. Après avoir lu des retours de personnes ayant voyagé de manière indépendante, j’ai préféré passer par une agence locale. Deux avantages: tout est défini à l’avance et un gain de temps non négligeable à ne pas devoir négocier les prix tout le temps.
Connaissant les difficultés du pays et comme nous bénéficions de beaucoup de poids à mettre en soute, nous avons fait une collecte de vêtements que nous avons laissée à un orphelinat renseigné par notre guide local.
Pour ce voyage, m’accompagnaient, mon mari et mes enfants, alors âgés de 9 et 10 ans , ainsi que mon amie Elly Pauwels (également auteure de photos) et sa fille de 11 ans.
Axoum
Arrivés à Addis-Abeba, nous avons passé une courte nuit avant de prendre un vol intérieur vers Aksoum tout au Nord du pays. La ville est en pleine animation car c’est un lieu sacré pour fêter Hosanna, le dimanche des rameaux, qui commémore l’entrée de Jésus à Jérusalem. Le samedi soir, des milliers de pèlerins, drapés de blanc, sont venus à pied des villages aux alentours. Une procession, avec son cortège de prêtres et d’évêques drapés d’étoffes précieuses, protégés par des ombrelles multicolores et des grandes palmes vertes, rejoint en musique un arbre centenaire. La cérémonie continue sous les chants et danses pendant plusieurs heures.
Axoum était la capitale de la reine de Saba un millénaire avant notre ère. De grandes stèles et obélisques s’y dressent encore. Les recherches archéologiques ont mis à jour de nombreuses salles funéraires. Un peu à l’extérieur de la ville se trouvent les tombeaux de Khaleb et de Gebré Masqal, la pierre d’Ezana et les ruines du palais de la reine de Saba.
Des enfants nous suivent en courant sur une assez longue distance pour nous vendre des souvenirs alors que nous sommes à plus de 2.000m d’altitude. L’Éthiopie compte parmi les plus grands athlètes de course de fond.
Le dimanche matin, jour d’Hosanna, les pèlerins se retrouvent sur le site de la nouvelle cathédrale de Sainte-Marie-de-Sion, construite toute proche de l’ancienne. Cette dernière n’est pas accessible aux femmes. C’est ici que serait conservée l’Arche de l’Alliance, contenant les tables de la Loi reçues par Moïse, et volée par Ménélik, fils de Salomon et de la reine de Saba. D’anciens manuscrits sont conservés dans l’église. De nombreuses femmes ont la croix tatouée sur le front. Les gens prient avec dévotion, à genoux et même couchés à terre. Tout le monde porte une bague tressée en feuille de palmier; les enfants s’y essayent.
Le Temple de Yeha
En cours de route, un arrêt s’impose pour visiter le Temple de Yeha qui se trouve au centre du village, entouré d’une enceinte fortifiée. Des manuscrits bibliques vieux de plusieurs siècles y sont conservés. Sur la place du village, femmes et enfants se chargent de la corvée d’eau.
Plus loin sur la route, nous visitons l’église rupestre de Medhane Alem Addi Qesho: elle est très ancienne mais n’a pas encore été datée exactement. Les portes et les fenêtres sont décorées selon le style axoumite.
L’église de Maryam Korkor
Ce fut un énorme coup de cœur! Après une ascension dans la chaîne de Gheralta, nous sommes arrivés à l’église rupestre de Maryam Korkor offrant des vues incroyables sur la vallée. Un peu plus loin, via un chemin étroit, se trouve une petite église creusée « en à pic » sur un abîme de 300m; abstention conseillée pour les personnes sujettes de vertige!
Région de Gueralta
L’église d’Abreha et Atsbeha est encastrée dans une falaise de grès rouge; de belles figures couvrent les murs. Les moines prient avec beaucoup de ferveur.
En route, nous croisons une caravane de dromadaires transportant le sel en partance pour le désert de Danakil.
Traversée des Hauts-Plateaux
Une longue journée de route nous attend pour rejoindre Lalibela. Nous quittons le Tigré en passant par des cols à 3.500m d’altitude, pour atteindre cette magnifique région que sont les Hauts Plateaux éthiopiens; des paysages à « couper le souffle »!
Il y a de nombreux piétons sur les routes neuves construites par les Chinois mais très peu de voitures. Les hommes sont toujours munis d’un bâton… parfois remplacé par une kalachnikov! Les gens se préparent pour la grande fête de Pâques.
Lalibela
Lalibela est le site le plus connu d’Ethiopie. La ville se trouve 2.600m d’altitude et abrite 11 églises du XXIIes et XIIIes taillées dans la roche; celles-ci sont reliées entre elles par des tunnels et des tranchées. Très impressionnant à visiter.
En ce weekend de Pâques, beaucoup de pèlerins drapés dans un foulard blanc sont venus; ils embrassent les murs des églises, s’accroupissent devant les portes avant d’y pénétrer et prient en se prosternant un peu comme dans le monde musulman.
Asheten Maryam
Nous sommes le dimanche de Pâques et toutes les personnes arborent une tige autour de la tête. Nous partons à dos de mule vers les hauteurs de Lalibella pour rejoindre l’église monolithique de Asheten Maryam. Les derniers mètres se font à pied le long d’un chemin, coincé entre deux parois de la montagne. La vue sur la région est un régal.
Nous croisons beaucoup de villageois qui descendent en ville vendre leurs poules ou leurs moutons en vue du repas de fête du lendemain.
Sur la route de Gondar
Une longue route pour rejoindre Gondar nous attend. C’est le dimanche de Pâques et les familles festoient à l’ombre d’un arbre; ils nous proposent de goûter le pain cuisiné à cette occasion et un breuvage de « je ne sais pas trop quoi » (bof bof). Les paysages sont une nouvelle fois magnifiques.
Nous faisons un arrêt à la Communauté d’Awramba qui a pour philosophie de vivre ensemble sans différenciation de religions, de sexes ou de générations. Une place importante est donnée à l’éducation, la cuisine est commune et les plus jeunes prennent soin des anciens.
Gondar
Gondar, fondée au XVIIes , fut pendant un peu plus de deux siècles la capitale des empereurs éthiopiens; chacun y construisit son palais.
Nous visitons également l’église Debré Berhan Sélassié avec ses magnifiques peintures dont le plafond de chérubins.
Massif du Simien
Le massif du Simien se situe à une altitude moyenne de 3.300m: c’est un endroit particulièrement affectionné par les randonneurs. Avant d’entrer dans le parc, il est obligatoire d’enrôler un ranger. De nombreuses colonies de babouins gelada passent à côté de nous comme si nous n’existions pas. Les montagnes forment le relief le plus escarpé du continent africain.
Bénéficiant d’un peu de temps libre, nous nous promenons dans la ville de Debark. Les conditions de vie y sont difficiles. Le manque de moyens et la pauvreté du sol obligent les habitants à exploiter des terres toujours plus haut.
Chutes de Tissiat
En cours de route, nous nous arrêtons dans un centre de Falachas, bien qu’il n’en reste très peu sur le sol éthiopien. Les Falachas ont été reconnus comme juifs par le rabbinat israélien en 1973 et ont pu bénéficier de la loi du Retour ouvrant une immigration massive vers Israël. Lors de la grande famine en 1984, Israël mit en place l’opération Moïse, un pont aérien transportant clandestinement plus de 6.000 d’entre eux.
Nous rejoignons via une piste les bords du Nil Bleu pour atteindre les chutes de Tissiat, qui signifie « fumée-eau ». Celles-ci n’ont plus rien à voir avec le spectacle d’antan: en amont, un canal draine une partie importante du fleuve pour alimenter une centrale électrique réduisant considérablement le débit des chutes.
Actuellement, l’Ethiopie est en forte tension avec ses voisins d’Egypte et du Soudan concernant la construction d’un immense barrage sur le Nil Bleu. Celui-ci pourrait entraîner une forte diminution du débit du Nil qui représente 90% de leur approvisionnement en eau.
Lac Tana et ses monastères
Le lac Tana, situé à 1.840m d’altitude, est le plus grand d’Ethiopie. Les habitants continuent à se déplacer en tankwa, petite pirogue en papyrus. Nous prenons un bateau pour rejoindre le Monastère d’Uhra Kidane Mehret du XVIes; le bâtiment circulaire est flanqué d’une croix décorée d’œufs d’autruche, symbole de résurrection. Tous les murs et toutes les portes sont couverts de fresques racontant la vie de Jésus et de certains saints morts en martyrs. Nous nous dirigeons ensuite vers le Monastère d’Itons Yesus.
Addis Abeba
Après un vol intérieur, nous voilà de retour dans la capitale Addis Abeba. La ville en soi n’a pas beaucoup d’intérêts pour le visiteur, mais héberge la célèbre Lucy, fossile relativement complet daté de 3,18 millions d’années. Une reproduction complète montre que sa taille dépassait à peine le mètre.
Avant de reprendre notre vol international, nous dégustons le plat national, l’Injera, tout en évoquant l’espoir de revenir dans ce pays pour explorer ce que nous n’avons pas eu le temps de voir.



















































































































































































































































































































